AUTEURE

PROSES POÉTIQUES

O bleu

On doit écrire sur « l’eau bleue » cette semaine. Attendez, l’eau bleue ?

Je me rappelle celle de la mer, effectivement, son eau est bleue, c’est à cause d’un truc scientifique avec le bleu du ciel : enfin ça s’explique.

A la piscine municipale aussi elle est bleue, c’est grâce aux petits carreaux colorés posés au fond du bassin. Celle-ci est déjà nettement moins belle que celle de la mer ; y voir les vieux, les mômes, les chevelus, les velus, les chauves, et puis, sentir cette odeur de chlore qui pique le nez et les yeux, tout cela anesthésie les sens et l’on arrive même plus à le voir, le bleu de l’eau.

Je trouve l’eau bleue aussi dans une bouteille en plastique trônant sur la table, mais ça ne dure pas très longtemps. Dès que je m’en sers un verre, elle perd sa belle robe, devient nue, invisible, et sans attrait.

Alors j’ai beau penser au bleu de l’eau, il n’existe pas, on l’a inventé. C’est comme ces roses que les pépinières se sont attelées à habiller d’un bleu parfaitement hideux.

 

Le bleu du ciel nous ment depuis des siècles et on le laisse faire, pire on le cautionne, on lui accorde une légitimité. Quel que soit notre âge, quand on veut représenter l’eau, on l’habille de bleu, par pure convention.

Alors il veut en venir où au juste, avec ce sujet « d’eau bleue » ? … Et puis, pourquoi il a parlé de Rimbaud? « A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu, voyelles, Je dirai quelque jour vos naissances latentes ... »

 

(…)

 

Et bien, comme je le disais, « l’O bleu » n’existe pas. 

C’est un mensonge : l’alphabet de l’enfance qui nous laisse croire à l’alliance de l’œil et de l’oreille, à de mélodieuses images, à la coloration de notre voix.

L’affabulation de « l’O bleu » rejoint celle de « l’eau bleue » sur le plan de l’humanisation de ces homophones ; l’éveil poétique, l’appel à la rêverie et la fantaisie sont devenus avec le temps conventionnels et typiques de ce que nous appelons réel. Seul le mélancolique peut encore s’y aventurer longuement et s’y perdre quelque fois, grâce à son regard vague, qui donne cette capacité unique et merveilleuse qu’est l’indistinction.

L'écueil du poete

Poète,

Comme on cueille une fleur

Cueille la femme

Comme elle respire, sens son odeur

Cueille la femme

Comme elle est grande et belle et fragile

Cueille la femme

Poète

Cueille et sens

Cueille du sens, cueilles tes sens et sens ses feuilles

Poète

Perds tes sens et ton bon sens,

Perds ta vie,

Prends une feuille.

évasion

Sortir de chez soi, faire une marche pour voir plus loin qu’entre ses quatre murs.

Aller de l’avant, un pas après l’autre, s’avancer vers devant, sans souci du temps.

Simplement, s’évader un moment, aller au-devant des gens, sans parler pour autant, mais rêvant.

J’ai pris le temps, seulement, de sortir de moi-même un instant.

Quel drôle de sentiment que celui qui nous prend lorsque l’on s’essaie au changement. Aiguillage, changement de sens.

Il suffit de prendre la porte, prendre le temps de sortir de son univers rétréci, le temps aller voir ailleurs comment se passe la vie.

Rien d’étonnant. Et, pourtant, tout surprend.

Prendre tout son temps, laisser filer les aiguilles qui tricotent le Temps.

Rester attentif, le souffle haletant,

Entendre ce qui existe en dehors de soi tout en écoutant ce qui se passe en dedans ; deux mondes pour une seule raison, deux mondes enfin à l’unisson.

STAY TOGETHER

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